- 2018 -

Lettre à Jøkø

Si le mode opératoire laisse à désirer, le message, mon message, lui est vrai. Pendant trop longtemps, je me suis tué à cacher cette vérité.

J’avais toujours toujours de bonnes excuses.

Je trouvais ça injuste de devoir me justifier à chaque fait et geste que je faisais, mais la vérité c’est que j’avais peur. Peur de passer à côté de quelque chose que je ne voyais pas, peur de manquer quelque chose. C’est pour cette raison que je me suis fortement impliqué dans mon travail, peut-être même trop et aujourd’hui je le paye très cher. A force d’être trop présent pour les élèves quand ils en avaient besoin, à force de donner trop de moi, je me suis quelque peu perdu, je n’étais plus que l’ombre de moi-même, juste Jordan du lycée, pas simplement Jordan, et je me suis mis à dos plein de monde.

J’ai d’abord penser que c’était un truc passager et ensuite je me suis rendu compte que quoi que l’on en dise, révéler aux autres ce qu’on est, est terrifiant parce que les autres pourraient ne pas aimer ça, donner tout pour si peu, donc j’ai fait tout ce que j’ai pu pour garder mon secret et je me suis à dos beaucoup de personnes pour qui l’avis est très important pour moi et je veux leur dire aujourd’hui que je le regrette mais que je ne m’excuse pas d’être comme je suis, une personne avec du cœur.

Je n’en peux plus d’avoir peur de faire une bétise, je n’en peux plus de devoir me justifier pour chaque acte que je fais alors que mon principal but c’est d’aider. Je veux juste pouvoir être qui je suis vraiment en dehors et dans mon travail. Je mérite d’avoir droit de l’être même si tout le monde n’a pas la même opinion que moi.

ATTENTION, ce qui suit pourrait vous faire me détester encore un petit peu plus.

J’ai lu un jour dans une copie, que le principal c’était de s’accepter et de s’aimer soi-même mais la vie c’est comme les grands huit, le roi du monde à un moment et au bout du rouleau l’instant d’après. C’est ce que je ressens maintenant. Je n’aurais pas pu avoir de meilleurs élèves que ceux que j’ai eu ces trois dernières années, ni un établissement aussi compréhensif mais comme je l’ai toujours dit : je partirai le jour où j’aurais plus besoin des élèves, qu’eux ont besoin de moi. Peut-être que ce jour est arrivé.

Alors, je ne sais peut être ni ce qui m’attends, ni ce que je vais réellement faire mais je sais qui je suis et ce que je ne veux pas être. Je ne veux pas être injuste, fermé et désintéressé. J’ai toujours choisi soigneusement mes mots afin qu’ils correspondent à chaque fois au mieux à la situation. Mais je sais que quand on donne de soi pendant si longtemps, c’est dur de croire que l’on peut arrêté du jour au lendemain. Je comprends..

Comme je l’ai dit au tout début, je ne suis que moi.

Comments (4):

  1. Joshua

    23 décembre 2018 at 20 h 55 min

    Il est vrai que dévoiler sa véritable identité aux autres est difficile, mais il n’y a qu’en assumant sa propre personnalité qu’on arrive à s’accepter et à rencontrer des gens qui nous aiment pour ce qu’on est vraiment, sans se soucier de l’image que l’on renvoie.

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    • Jordan Vuarnier

      26 décembre 2018 at 15 h 00 min

      Le problème en soi, dans cette lettre est plutôt mon côté progressiste dans un établissement à dominance archaïque, mais je comprends très bien votre raisonnement

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      • Joshua

        3 janvier 2019 at 12 h 31 min

        Ce monde au paradigme très ancien et qui donne par exemple une place effacée à la femme est en effet à changer et je vous rejoins tout à fait sur ce point. En outre, ce monde est gauchi par le fait qu’il ne laisse pas de place à la différence et c’est infiniement regrettable. Qu’est-ce qui dans votre établissement balance avec votre vision progressiste des choses ?

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        • Jordan Vuarnier

          9 janvier 2019 at 15 h 39 min

          Le côté relationnel. Je m’adapte énormément aux élèves, en traitant chaque élèves d’une manière différente, ou plutôt devrais-je dire adaptée. Avec la recrudescence des mal-êtres chez les adolescents, on ne peut pas ne pas en tenir compte. J’ai donc tenté de développer une relation de confiance basé sur le respect. En pouvant être joins à n’importe quel moment en cas de besoin. Ce qui a fortement déplu à certains qui ont encore une idéologie très archaïque où tout ce qui ne concerne pas la scolarité n’a presque rien a faire au sein du lycée

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